Résumé
Première lettre de St-Lager-Bressac, datée du 3 mai. Il va remplacer son camarade qui part à l’armée, et parle un peu de sa classe.
Petit poulet, je te commence ma lettre à huit heures moins le quart, en attendant l’arrivée de mes gosses. Chamontin roupille encore et je me demande ce que je vais bien pouvoir dire à mes gosses toute cette journée.
Et puis mes affaires ne sont pas encore arrivées et Chamontin a fait partir toutes les siennes, si bien que nous avons dû nous coucher sans draps ni couvertures, sur un lit de l’école, et que j’ai bien mal dormi.
Hier soir, il y avait réunion du Conseil et nous nous sommes paillotés à minuit. Je suis mort ce matin, et je voudrais bien me laver, mais je n’ai ni serviettes, ni savon.
Il me tarde bien d’être à demain pour aller un peu voir mon poulet à Privas. Hier j’ai été bien content de passer un petit moment avec toi.
En venant j’ai attrapé une rincée magistrale que ton petit Jésus ne m’a pas évité. Sans doute qu’il n’a pas voulu t’écouter.
10 h ¼ Et voilà, je suis dans ma classe et je ne m’en tire pas trop mal.
J’ai 26 gosses (famille nombreuse) le plus jeune a 6 ans et le plus âgé 15 ans. Ils me paraissent tous bien gentils. Ah ! si ma mignonne était avec moi, comme je serais complètement heureux !
Dis, petite chérie, j’ai peur qu’il fasse mauvais encore et pourtant je voudrais bien voir ma mignonne. Et dimanche, pourrons-nous nous voir ? Iras-tu au ciné demain soir ?
Peut-être que j’aurai une lettre demain, de toi ? Que je le voudrais !
Je t’aime bien, mon poulet, et je veux que tu penses bien à ton Georges.
À demain. Excuse la brièveté de ma lettre mais, ce premier jour, je suis assez occupé.
Bien des gros minous de ton grand
Georges

