Privas – mercredi

Période :

Résumé

Après avoir pris connaissance des confidences de Georges, Yvonne a rompu avec lui. A cause de son veuvage, à cause de la vie plus ou moins dissolue qu’il mène, ou parce que Georges n’a pas le sentiment religieux qui est très fort chez Yvonne (et sa mère).

Je viens de recevoir votre lettre d’hier soir. J’en ai pleuré Yvonne ! Voilà bien longtemps que cela n’était pas arrivé.
Alors c’est fini, je ne vous appellerai plus ma petite fille, vous n’appuierez plus votre mignonne tête sur mon épaule et je ne verrai plus vos jolis yeux de si près… C’est bien dur pour moi de songer à tout cela, et pourtant vous aussi, vous en souffrez : chaque fois que je vous ai rencontrée depuis hier, vous aviez presque les larmes aux yeux en me parlant. Hier soir en faisant ma lettre, vous avez pleuré, n’est-ce pas vrai ?

Votre décision vous est pénible, et vous la prenez quand même : après cela, ai-je le droit d’insister ? Je ne le crois pas car, insister serait pour vous une source de nouveaux chagrins, et je ne veux pas vous faire de peine. Soyez libre, jolie petite, et soyez toujours heureuse, vous le méritez.

Moi, je reviens en arrière et j’essaierai de vous oublier, mais cela me sera dur, d’oublier que je vous aime, je m’entends, car vous aussi, vous resterez toujours ma grande amie.
Pensez quelquefois à moi, je songerai bien souvent à vous, mignonne, et à notre bien courte idylle.

Dès que j’en aurai l’occasion, je quitterai pour toujours Privas et ne vous verrai plus.
Je tâcherai surtout de vite partir aux colonies, comme j’en avais l’intention depuis longtemps. Là-bas on oublie en s’abrutissant. Peu importe pour moi, j’ai beaucoup trop souffert pour redevenir heureux. Mais que vais-je vous dire là ?

Dites, mignonne, gardez le petit bout de gui que je vous ai donné : je voudrais qu’il vous porte bien bonheur. Et puis je ne veux pas que vous me disiez que je vous oublierai vite. Me connaissez-vous suffisamment pour affirmer cela ?

Vous voulez que je vous oublie, j’essaierai de vous obéir, mais le pourrai-je ? Je vous le dirai plus tard, voulez-vous ? Pour me faire bien bien plaisir, venez ce soir me dire adieu au square. Ne me refusez pas cela, dites, faites-le pour moi et pour que nous nous quittions bons amis. Je vous promets d’être sage et de ne pas vous faire de la peine. Vous viendrez, pas ? Je vous attendrai au square de 6 h à 6 h 10.

Tenez, je vous donne un petit bout de photo de moi. Je suis bien « moche » mais c’est pour me rappeler à votre bon souvenir. N’en auriez-vous pas une du même genre pour votre Georges ? (je n’aurais pas dû dire votre).

À ce soir, Yvonne, n’ayez pas trop de peine, vous aussi, et songez que j’aurais bien voulu être toujours votre Georges