Résumé
Arrivé à Pont-Blondin près de Fédala, Georges décrit un camp rudimentaire, chaud et poussiéreux, conditions difficiles. Il attend sa démobilisation proche et donne son adresse.
Mon cher petit chéri,
Depuis ce matin je suis dans cet infâme bled, à 700 ou 800 mètres de la mer en plein soleil, et dans la poussière et je me demande ce que je viens faire ici. Notre camp est installé d’une façon très rudimentaire, et on est bien loin du camp où j’étais à Témara. Je vais coucher par terre sur une paillasse et me laverai dans une cuvette grande deux fois comme un bol. J’ai l’impression que je vais vivre une drôle de vie pendant quelques semaines, mais ce qui me console un peu, c’est qu’il paraît (rien d’officiel encore) que M. Thabault aurait obtenu notre démobilisation pour le 31 juillet, 15 août au plus tard. À moins que la demande que j’ai adressée soit prise en considération et que l’on me foute vite à la porte.
Voici toujours mon adresse :
Cne G.B.
2e Bataillon du 11e RTS
Pont-Blondin, par Fédala.
Écris-moi vite, car je crois bien que je vais avoir un cafard fou ici. Heureusement que la mer n’est pas loin et je pourrai au moins faire trempette le soir et noircir un peu pour plaire davantage à mon retour. Nous sommes ici d’ailleurs provisoirement et il paraît que, vers le début juillet, nous irons planter notre camp vers Bir Djedid Chavent. Je trouve ici des gars qui n’ont pas fait la guerre et peu sympas sauf le commandant et un lieutenant instituteur à Casa (Berthault). Des mulets remplacent nos jeeps et les vieux makhzen remplacent nos chars. Tu te rends compte ! En tout nous sommes sept ou huit officiers. Dans ma vie j’ai un seul sous-lieutenant prétentieux au possible et comme ce nouveau travail ne me plaît pas du tout, mais pas du tout, j’en ai déjà plus que marre
Et toi, que deviens-tu avec tes mômes et ton petit loustic ? As-tu reçu mon aspirateur ? J’ai demandé à Elvire d’y mettre quelques bouteilles de coca-cola pour vous faire plaisir à tous. Je pense aller à Casa samedi matin et si je reste la nuit là-bas je te téléphonerai samedi soir.
En t’écrivant je transpire comme un malheureux sous ma tente poussiéreuse et je suis mangé par les mouches.…
Au revoir petit poulet, je n’ai encore pas le cœur de t’écrire aujourd’hui, ne m’en veux pas, car je préfère attendre d’être un peu mieux installé. Mille bises quand même et, Inch’ Allah à bientôt.
Georges

