Azeraille – Jeudi 8 novembre 1944

Période :

Résumé

Au repos, il évoque les difficultés matérielles de sa femme et la vie des enfants. Malgré l’ennui et un travail moins agréable, il garde le moral, plaisante et envoie des nouvelles affectueuses à toute la famille.

Mon cher petit poulet,

Un simple petit mot aujourd’hui sur une feuille du bloc offert par mes soldats à Troyes. Je ne numérote pas car cela ne compte pas pour une lettre. Je viens de recevoir ta lettre N°9 du 27 octobre. Je crois que, d’après ce que tu me dis, tu es bien pauvre en papiers et enveloppes, alors qu’en France on trouve pas mal de ces choses. Malheureusement je ne puis t’en envoyer pour le moment, au moins. Que de difficultés tu dois avoir, en effet, pour habiller tout ton monde et quel prix pour les souliers !! Quel a été le résultat de la radio pour Paulette ? Quel est le docteur qui examine les gosses de l’école ?

Moi aussi, tu sais, j’abandonnerais volontiers toutes mes rations américaines pour aller manger ta soupe (même si elle n’est pas assez épaisse). Je suppose que ce petit gâté de Jean-François a dû protester tant et plus lorsqu’il a été vacciné. Si on lui menait la vie un peu plus dure… ??? Mimi Baldarini s’est bien vite consolée, cela ne m’étonne pas des femmes. Dis-moi vite que je suis méchant et surtout garde-moi, même si tu vieillis comme tu dis, ton sourire qui lui, ne changera pas.

Je suis toujours au repos et malgré beaucoup de travail je me barbe. Mon boulot est loin d’être aussi agréable que celui que j’avais avant mais je le fais quand même avec le sourire, quoique je rouspète bien quelquefois.

Hier soir je n’avais pas d’électricité et à huit heures j’étais au lit. Je n’ai pas pu réussir à faire venir avec moi Henri et Guy Durif, mais je ne désespère pas : tu sais bien que quand j’ai une idée dans la tête… 

Au revoir mon petit poulet, je t’embrasse mille fois bien affectueusement ainsi que mes grandes filles et mon petit bonhomme.
Dis à Jacquou d’écrire un peu à son papa.

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