Résumé
Georges remercie Vonvon pour ses lettres et lui envoie de l’argent. Très occupé par l’organisation et le ravitaillement de l’unité, il prévoit un déplacement à Casablanca, quelques achats pour elle et évoque sa correspondance, tout en lui renouvelant son affection et son désir de la revoir.
Ma petite chérie. Ce soir encore je t’écris un peu car il faut bien que je rattrape mon retard et tant que je le peux que je ne fasse pas trop attendre mon petit poulet pour lui donner de mes nouvelles. J’ai eu ce matin ta lettre No 7 de samedi.
Merci petite Yvonne de m’écrire bien souvent. Continue à me donner autant de fois de tes nouvelles avec beaucoup de détails sur ta petite vie bien calme comme tu le dis, mais aussi bien chargée d’occupations de toutes sortes. Il n’y a que tes lettres pour me faire bien plaisir. Je t’ai envoyé 1000 francs aujourd’hui et dans quelques jours je t’enverrai encore 1000 francs. Dis-moi si tu les as reçus. À la fin du mois tu toucheras 3000 francs de délégation de solde car ma demande de changement de somme a été faite et acceptée.
Demain je pense aller à Casa faire des achats pour l’escadron. Si rien ne m’en empêche, je partirai vers 10 h et reviendrai dans l’après-midi. Il faut compter environ 1 h 1 h ½ pour aller d’ici à Casa et autant pour le retour. Je tâcherai de t’acheter le plus de choses possible et vendredi je te ferai un petit envoi par la CTM où je joindrai les croix de Lorraine et des petites choses comme une belle brosse à dents et du bon dentifrice anglais, ainsi qu’une savonnette égyptienne, le tout que j’ai pu acheter ici à un prix de marché noir, vendu par l’aumônier de la Division mais parait-il pour une bonne oeuvre…
Vendredi soir, je suis invité à dîner chez le Général. Je te joins mon invitation : tu te rends compte, comme dit Claudia ! J’ai envoyé aujourd’hui une longue lettre la plus gentille possible à Clifford, avec ma nouvelle adresse bien entendu. Je lui annonce la prochaine naissance de notre petit Jean-François et lui demande d’en être le parrain. Espérons qu’il ne lui est rien arrivé et qu’il me répondra vite. Quand je pourrai, le plus tôt possible, je terminerai ma correspondance en retard et je ferai aussi une belle lettre à la Direction de l’IP au sujet d’une attribution de poste car je ne voudrais pas être le bec dans l’eau après mon départ.
Mon travail de tous les jours est toujours aussi absorbant et le même. Ravitaillement pour les soldats (il y en a plus de 200), les sous-officiers et les officiers. Punitions, correspondances de l’armée car les papiers existent aussi ici, comptabilité, entrée ou sortie de véhicules en réparation, transports de toutes sortes, permissions etc… Tout ce qui n’est pas à proprement parler le travail de l’atelier passe par moi, c’est dire que j’ai autant de travail que si j’étais commandant de Cie avec en plus le fait que je suis très mal secondé et que j’ai trouvé ici un désordre parfait, dans lequel j’ai beaucoup de mal à me retrouver. Mais une tâche aussi grande me fait passer le temps beaucoup plus vite et je cherche souvent quel jour on est, étonné que ce soit déjà jeudi demain. Tant mieux, ma séparation de toi sera plus facile à supporter. Ce soir, je couche dans notre petit lit de camp que j’ai fait consolider sérieusement et que je te rapporterai à ma prochaine visite car mes soldats m’en fabriquent un en fer qui sera idéal pour faire la guerre…
Contrairement à ce que je t’ai dit il y a peu de temps, j’ai appris aujourd’hui que Philippe avait été nommé capitaine en même temps que moi. Peu d’importance mais il faut bien que je rétablisse la vérité. Je t’écris toujours sur mon joli sous-main que mes filles et leur maman m’ont acheté pour mes étrennes. Mais je préférerais ne pas t’écrire et être près de toi, ne serait-ce que pour t’aider un peu à supporter toutes tes misères qui passeront bientôt tu verras puisque le mois de mars est déjà bien entamé. Fais-toi bien seconder par tes grandes filles pour ne pas trop te fatiguer et faire autant que possible tout ce qu’a dit le docteur. Il me tarde de recevoir la lettre de ma Lulu.
Embrasse-les bien toutes les trois pour leur papa qui les aime beaucoup. Peut-être es-tu ce soir en train de m’écrire en même temps que moi. Dis à M. De Johannis que j’ai bien reçu sa lettre mais qu’il me sera impossible certainement de trouver ce qu’il me demande, et cela malgré toute ma bonne volonté. J’essaierai mais il ne faut guère y compter.
Présente-lui mes amitiés ainsi qu’à Madame Videau.
Au revoir petit poulet, bonne nuit et à bientôt de tes nouvelles.
Une grosse bise de ton méchant mari qui t’aime beaucoup.
Ge

