Résumé
Georges se réjouit du court séjour passé avec Vonvon et les enfants et évoque déjà une prochaine visite à Safi. Entre travail, démarches administratives et correspondance, il lui envoie de l’argent, prépare quelques cadeaux et lui demande des nouvelles de la maison et des enfants.
Mon cher petit chéri. Je veux battre ton record pour te faire plaisir et c’est pourquoi j’écris ce soir à ma petite femme avant d’aller au lit. Comment vas-tu depuis avant hier ? J’espère que ton petit Jean-François ne te fait pas trop de misères et que tu restes bien calme malgré toutes tes occupations. Tu ne peux croire comme je suis heureux d’avoir pu passer 24 heures avec toi et avec les filles et il ne faut pas trop m’en vouloir si je me suis un peu trop occupé de ma bagnole à ton gré mais j’étais en souci pour mon retour et comme il faut ménager l’avenir je ne voulais pas arriver après midi pour ma première sortie à Safi, car j’espère bien aller te revoir à Pâques, si l’on est toujours au Maroc. Aujourd’hui j’ai reçu une gentille lettre de Maurice, que je te joins. Je viens d’envoyer 50 francs aux Gabanelle pour acheter une bouteille d’apéro à boire en une fois à la santé de mes galons.
Après-midi je suis allé à Rabat pour régler une histoire d’accident de jeep, qu’avait eu le lieutenant qui commande là-bas notre détachement. J’en ai profité pour acheter trois croix de Lorraine en V qui vous plairont certainement. Je ne les ai pas encore envoyées car je pense aller à Casa cette semaine et je regarderai si je ne peux pas compléter un peu cet envoi pour mon petit chéri que j’aime bien. Demain je vais t’envoyer encore 1000 francs et j’attendrai mon retour de Casa pour t’en envoyer encore 1000 si mes achats me le permettent, car on ne sait jamais les folies que je peux faire… J’ai cherché Mme Lacroix ou Jourdan au 21, 23 et 25 de la rue de la République et je n’ai pas été fichu de lire son nom sur une boîte aux lettres ou sur les portes. Je chercherai mieux une autre fois quand j’aurai plus de temps. Je suis allé voir aussi M. Jouin au sujet de la lettre que j’ai reçue et que je garde encore quelques jours car il faut que j’y réponde. Il m’a dit, et a été d’ailleurs très chic avec moi, qu’il me fallait vite demander un poste car je risquerais d’être en carafe après le 1° juillet. Il m’a donné l’assurance que tu ne serais pas inquiétée au sujet du logement puisque Philippe était mobilisé et qu’il ferait du mieux pour m’arranger le plus possible. Il m’a conseillé enfin d’écrire officiellement à ce sujet à la DIP pour que je puisse conserver mes droits dans l’avenir. C’est ce que je vais faire en demandant de me faire choisir si possible entre quelques postes, que je n’occuperai d’ailleurs pas puisqu’à la fin de la guerre il y aura un mouvement général de remise au point pour tous. Enfin il suffit que tu retiennes que tu ne quitteras pas ton logement : on verra plus tard.
Hier soir dans mon lit j’ai relu ta lettre N°6 de mercredi et tu m’as fait bien rire et bien plaisir au sujet de Lulu répondant à Mme Dubondel pour dire où j’étais. Continue à bien élever tes filles comme tu le fais et tu verras que plus tard tu en seras récompensée. Je sais bien que tu as pour toi seule de bien lourdes responsabilités puisque ton petit homme n’est plus là, mais je compte toujours sur toi pour que tout aille bien car Paulette surtout et Lulu sont à un âge où elles doivent être de plus en plus guidées et conseillées. Qui pourrait mieux le faire que leur gentille maman qu’elles ont ?
Demain je tâcherai d’écrire à Clifford, Lévesque et Jourdain et peut-être Bénais. Que de correspondances en retard ! Je finis par devenir comme le copain Clifford. C’est ma vie de camp qui veut ça avec toutes mes occupations incessantes toute la journée. Aujourd’hui nous avons eu à dîner à la popote un capitaine américain qui est venu voir un peu notre façon de travailler. Il a connu Clifford en Italie mais ne sait pas ce qu’il est devenu, l’ayant perdu de vue depuis longtemps déjà. Il nous met ici un autre sous-officier américain qui s’appelle Blanchard. Je ne l’ai pas même vu mais ce sera marrant.
Je commence déjà à préparer ma valise pour mon prochain voyage à Safi et je m’arrangerai pour t’apporter quelques petites choses qui te manquent. Ma jeep est remise en état et marche bien. Son nom est écrit dessus : elle s’appelle « Capricieuse » comme son patron et j’espère que la prochaine fois elle ne m’obligera pas à faire des infidélités à ma femme pour elle, comme dimanche dernier, ni à user l’électricité. Méchant mari va !
Embrasse bien tes trois petites filles pour moi et dis à Lulu que j’attends sa lettre avec impatience, qu’elle n’oublie pas le dessin. Jacquie aussi écrira-t-elle à son papa ? Toi aussi mon chéri écris-moi toujours comme tu l’as fait jusqu’à présent car ainsi je suis davantage avec vous toutes que j’aime beaucoup. Attention de bien te reposer comme te l’a dit le toubib et pense souvent à ton mari qui t’aime bien beaucoup.
Grosses caresses…
Ge
Ta layette est-elle bientôt finie ?

