Mon petit poulet, il est 10 h ½ du soir et c’est de mon lit que je t’écris. Je suis gelé, il fait froid ici et je serais bien heureux d’avoir ma petite avec moi, pour me réchauffer un peu. Je suis arrivé à Fès à six heures juste après un long et pénible voyage.

À l’arrivée nous avons bu l’apéro avec Benitant, Pompéi et les Ibanez, et les Gourgouillon qui sont pour un jour ici et nous sommes allés souper tous ensemble. Un maigre repas d’ailleurs, et je préfère de beaucoup ta petite cuisine.

Après nous avons bu pas mal de bocks dans plusieurs bistrots (sans exagération). On a bien discuté de choses et d’autres, surtout de syndicat et maintenant nous voilà au lit. Laffitte dans une chambre en face la mienne et Chapdeville pas loin. Je vais vite dormir en pensant à toi et à mes 2 petites filles et demain matin, je mettrai ma carte à la poste.

Ne languis pas trop, mange bien, écoute bien la TSF et pense bien à ton Georges si tu veux que je t’apporte, un petit souvenir de Fès, ainsi qu’à Paulette, si elle est bien sage. Grosses caresses, petit poulet et à bientôt. Quand tu recevras cette lettre, tu pourras te dire « Demain il est là » Beaucoup de minous et de partout. Je te serre bien fort dans mes bras. Embrasse bien les petites bien gentilles.
Georges

Mon cher petit poulet, un jour que tu es partie et il me tarde bien déjà de te revoir. Pour un peu, je partais aujourd’hui et puis j’ai pensé qu’il fallait être raisonnable et attendre encore un peu.
As-tu fait hier un bon voyage ? Paulette a-t-elle été sage ? Raconte-moi bien ton arrivée et toute ta journée d’hier, tu seras bien mignonne. 
Moi je te raconte tout ce que j’ai fait hier et aujourd’hui :

d’abord je te dis que je n’ai pas couché seul … rassure-toi, c’était avec M. Combier.

Après le départ du train, je suis allé faire un tour chez Maurice où j’ai bu le jus. Puis je suis allé à la maison. La porte fermée, je me suis mis « à poil » et au boulot : lit, vaisselle, gros nettoyage de toute la maison à grande eau avec l’arrosoir. J’étais vraiment parti d’un bon courage et j’aurais voulu que tu voies comment brillait notre maison.

Puis une douche et je suis allé boire l’apéro chez Marius (c’était 11 heures) avec Provy et Lascoux. Entre parenthèses, il est possible que le dîner qu’ils nous offrent ait lieu jeudi car dimanche ils sont presque tous pris, les deux dimanches d’ailleurs. S’il en est ainsi je n’irai à Casa que dimanche et peut-être cela vaudra mieux car Mme Carignon ne travaillant pas, nous pourrons passer toute la journée tous ensemble. Enfin, nous en reparlerons dans ma prochaine lettre.

Après l’apéro direction pâtisserie Blanchard pour becquer. Menu : salade tomates et haricots, blanquette veau (très bonne), côtes de blettes. Au moment où nous mangions les blettes, dans le magasin, une tête a passé à travers la porte : c’était M. Combier qui me cherchait depuis au moins une heure dans tout le Guéliz. Il n’avait envoyé aucun télégramme, car il est venu avec un ami, représentant à Casa, de Flaviac également. Nous les avons envoyés chez Turel en face et nous sommes allés leur offrir le café.

J’ai passé l’après-midi avec eux, on a visité la médina, le Guéliz et on a bu quelques demis car il faisait chaud. À 8 h ½ je leur ai payé à souper à l’Atlas où nous avons merveilleusement bien mangé ! Puis on a bu quelques demis et au lit à 11 heures du soir. Son ami a couché au Majestic et lui avec moi. Je n’ai presque pas fermé l’œil cette nuit, aussi je suis flapi. Ils partent ce matin à Casa et M. Combier va y rester au moins une semaine encore. Nous irons donc le voir ensemble.

Il nous a apporté deux saucissons (du vrai), un paquet de marrons, des petites culottes et du linge pour ta petite et un coussin assez joli. Mme Combier nous a envoyé une gentille petite robe en laine. J’ai donné un saucisson à Maurice et l’autre pour Caragnon. Le bracelet y était aussi dedans avec le prix (110 f). C’est une simple chaîne en or, sans plaque, mais pas mal. Je vous apporterai tout cela en venant.

Recommandations du Georges au poulet :

 1- vite une longue lettre.
2- une grosse bise à Paulette de son papa.
3- attention de bien lui donner régulièrement ses biberons et ne pas la sortir le soir.
4- sois bien sage et pense bien à moi.
5- mes bonnes amitiés aux Caragnon et à M. 
6- écris vite à Vals et à Privas.

Au revoir petit mignon, il me tarde déjà bien de te voir mais je suis heureux que tu sois à Casa car il a fait chaud hier et aujourd’hui je crois que ça va taper énormément.
Grosses bises de ton grand Georges, qui t’aime beaucoup beaucoup.

[en marge : Claudia était fâchée parce que tu ne lui avais pas dit au revoir.
encore des mimis à la petite fille et à la maman.]